La belle, le vampire et le repentant
6 mars 2010
Sean a ramené des Etats-Unis la dernière saison de True Blood, sa nouvelle série fétiche. Il raffole de ses vampires et de son atmosphère très moiteurs du Sud, chargée de crime, d’alcool et de sexe… Et puis, il y a l’exquise Sookie qui vit la grande passion avec Bill le vampire: Sean ne se lasse pas de sa queue de cheval, de ses délicates rondeurs et de ses petites robes à volants. Mais depuis qu’il regarde cette nouvelle saison, Sean a accédé à une dimension supérieure. Il a enfin réussi à mettre un nom sur ce truc confus qui l’avait toujours troublé chez Sookie: l’intégrité. Cet émouvant sens du bien et du mal qui s’exprime quand elle remonte les bretelles de son incapable de frangin, mais surtout quand elle se dresse pour défendre son amant de vampire contre tous ceux qui lui cherchent des crosses: l’humanité (veule, pochtrone, pourrie de préjugés) qui le hait, les dopés qui veulent lui piquer son sang pour planer, la clique de vampires very bad qui refusent de lui lâcher la bride pour qu’il puisse enfin mordre Sookie comme il l’entend…
Au fil de ses réflexions, Sean a aussi réalisé qu’il avait franchi une étape décisive dans le développement de lui-même. A l’époque où il spéculait jusqu’au vertige pour ses clients, l’intégrité, c’était un machin informe qui suintait la faiblesse et faisait fuir le bonus. Alors que maintenant, tout lui apparaît si différent: il comprend que les vrais gagnants seront ceux qui miseront sur l’intégrité. Après la grosse fiesta, c’est la gueule de bois: le monde a soif d’un double Alka Seltzer qui effervesce la justice et la probité. Le fric facile, l’adrénaline des risques de bas étage, terminés. Le monde appartient à ceux qui mouillent leur chemise pour le bien.
Sean met True Blood sur pause. L’image se fige sur un gros plan de Sookie qui fronce les sourcils et ouvre les lèvres d’un air de défi. Il n’en fallait pas plus pour le galvaniser. Il va vers son coffre et fixe le CD qui miroite au fond. Il est temps qu’il appelle son contact au gouvernement allemand pour allécher Angela avec un nouveau packson d’évadés fiscaux.

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Actu: Chambre de la semaine, Lumi et Sean
La barbe molle et le schuss
20 février 2010
Chaque année, Juan déteste l’hiver un peu plus. Parce que cette saison lui rappelle avec une cruautée consommée que la vie s’écoule toujours plus vite autour de lui. Que sa démarche sur le verglas s’apparente toujours davantage à celle d’un pépé. Qu’il devient vieux. Inexorablement. Et ça, c’est horrible.
Juan en a eu avant-hier la preuve définitive, lorsqu’il a croisé le regard empli de commisération que Marion a dardé sur lui à travers ses lunettes alpines, alors qu’il fonçait dans le schuss aussi vite que Lindsey Vonn (merde, lui aussi, il porte des lattes de mec!): pour sa fille, il avait basculé du côté des débris pathétiques, elle lui préférerait à tout jamais les clones de Shaun White qui hantent les half-pipe, barbe molle sous le casque et froc à ras-le-cul.
Pour se remonter le moral, Juan a donc proposé hier à Tonio, le cousin catalan d’Isabel qui passe les vacances avec eux, «un ski-day entre hommes». Comme Tonio skie vachement mal, à côté de lui, Juan se sent spectaculaire et viril comme Bode Miller. De plus, Tonio a inventé l’excellente tradition du vin chaud de la presque dernière descente à 13h20 – ce qui laisse le temps d’en écluser encore une dizaine avant la vraie dernière de 16h15. Rien de tel pour se refaire une santé.
Ils en étaient au cinquième quand Tonio lui a montré en pleurant de rire les photos qu’il avait téléchargées l’an dernier sur son téléphone et qui montraient un mec suspendu au télésiège la tête en bas par ses skis, déculotté jusqu’aux mollets, ses fesses (poilues? c’était dur à dire avec cette résolution…) à l’air. Apparemment, lui a raconté Tonio, c’était arrivé dans le Colorado. Le gars avait voulu prendre le télésiège, mais il manquait la banquette, si bien qu’il avait basculé dans le trou tandis que le télésiège l’emportait, la tête en bas, tenu rien que par ses skis. Les fixations avaient tenu bon, mais son pantalon et son slibard étaient restés coincés en haut, d’où la derche-exhibition. «T’imagines?, a fait Tonio en commandant le sixième vin chaud. La zique à l’air par moins sept pendant douze minutes?» Juan en a frissonné d’épouvante.
Est-ce que c’était la faute du vin? Du pouvoir subliminal de l’image? C’était dur à dire avec cette gueule de bois. Mais ce matin, dans la file d’attente, Juan s’est senti paralysé, incapable de monter sur le télésiège. La mort dans l’âme, il a fait demi-tour. Regardé Marion s’éloigner avec Shaun White. Et il aurait sombré à tout jamais s’il n’avait pas distinctement entendu Lindsey et Bode lui murmurer à l’oreille: «T’inquiète, on lui fera bouffer sa barbe molle dans le schuss.»

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Isabel et Juan, Spécial été
Fond sonore à 18 degrés
6 février 2010
Chantal a été tellement émue par le rabibochage ankepaolique qu’elle n’en revient toujours pas. «Tu te rends compte?», a-t-elle dit à Patrick l’autre soir, pour la millième fois, alors que Patrick se brossait les dents en caleçons longs super isolants – rapport à la température glaciale qui règne dans leur apparte parce que Chantal refuse de monter le chauffage au-delà de 18 degrés. Bruits de Patrick qui a broborygmé une réponse incompréhensible pleine de dentifrice végétal riche en huiles essentielles. «Qu’est-ce que tu dis?» a demandé Chantal depuis la chambre à coucher.
Mais Patrick n’a pas eu besoin de répéter: Louis et Hugo ont fait irruption dans la pièce à cet instant et se sont aussitôt jetés sous les couvertures du plumard – rapport aux glacials 18 degrés. Chantal adore quand ils surgissent comme ça, sans crier gare, avec leurs petites laines péruviennes par-dessus leur pyjama! Elle est donc allée se pelotonner contre eux. Et les jumeaux se sont aussitôt mis à geindre. «Anke, elle est pas venue UNE SEULE FOIS me faire les énergies depuis Nouvel An», s’est plaint Hugo – il arrive qu’Anke vienne «rééquilibrer le chi» à Hugo quand Chantal trouve qu’il flatule plus que de raison. «Je comprends, mon chéri», a dit Chantal d’un ton compréhensif. «Et Paolo, il m’avait PROMIS avant Noël qu’on jouerait au Wii, a enchaîné Louis, et je l’ai déjà téléphoné TROIS fois et il répond JAMAIS et il a TOUJOURS son retondeur automatique et…» «Son répondeur», a rectifié Chantal «C’est bien skejdis, a répliqué Louis. Son re-ton-deur.» Bruits de Patrick qui s’enduisait maintenant énergiquement les gencives de gel gingival à la sauge.
«Pourquoi c’est comme ça, maman, hein?», a demandé Hugo. «Eh bien… c’est parce que Paolo et Anke s’aiment de nouveau très fort, a répondu Chantal. Ils ont besoin de passer du temps ensemble.» «Et y font quoi, ensemble, hein?» Bruit de Chantal qui s’est éclairci la gorge. «Eh bien, tu vois, quand une femme… et un homme…» «Pfffh, l’a interrompu Louis, tout en déception. Alors ça y est. Alors c’est vraiment comme papa y dit.» «Qu’est-ce qu’il dit, papa?» a demandé Chantal, pleine d’espoir – Patrick avait-il eu la merveilleuse idée d’empoigner avant elle le délicat chapitre de l’éducation sexuelle? Comme elle l’aimait! Bruit de Patrick qui a craché son gel et rincé le lavabo – pas trop, pour ne pas gaspiller l’eau.
«Ben papa, y dit que maintenant, c’est Paolo qui nénergétise le chi d’Anke et que c’est Anke qui tient le djoïstik», a répondu Hugo. Bruits de Patrick qui s’est gargarisé avec le bain de bouche à la myrrhe. Longuement. Trèèès longuement.
C’est qu’il aurait pu jurer qu’il faisait beaucoup moins que 18 degrés, tout à coup.

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Chantal et Patrick
La main invisible - spécial 150ème!
23 janvier 2010
Scène 1, Paolo et Sean dans un café. «Donc tu sais toujours pas ce qu’elle t’avait fait, Irina?», récapitule Sean. «Non.» Paolo est désespéré: impossible de se rappeler comment Anke a atterri dans son plumard la nuit de la Saint-Sylvestre, impossible d’expliquer le lien entre cet épouvantable trou de mémoire et son rêve irinico-bodyscannique. «Tu sais, a dit Sean, je me suis renseigné. Il est pas possible, ton rêve. Y a pas de bodyscanner à Cherementievo. Le seul de Russie, il est à Domodedovo.» «Et qu’est-ce que ça change?» «Rien, mais fallait préciser. Désamorcer, quoi.» «Désamorcer, je veux bien. Mais ça change que dalle: le truc craignos, à Anke, je le lui ai quand même dit. Et je t’assure que je l’ai sentie, sa botte, quand elle me l’a balancée à la tronche.» Paolo désigne les trois points de suture sur son front. «Pas mal!», lance Sean, admiratif. Paolo le fusille du regard. «Enfin, je veux dire … ils t’ont bien recousu.» Paolo le fusille toujours du regard. «Okay, tempère Sean. On reprend, ça va te revenir.» Paolo soupire et répète: «Donc, on a bouffé des huîtres…»

Scène 2, Anke, Chantal et Cora dans le salon de Chantal. «Ce mec est une merde!», clame Anke. «On est d’accord, mais ça résout pas le problème, objecte Cora. Comme tu te rappelles de rien, on sait toujours pas si vous… Enfin, tu vois, quoi.» «D’autant plus, renchérit Chantal, qu’on sait plus trop quoi penser avec vous deux.» «Comment ça?» «Ben oui, on avait tous cru que c’était reparti entre vous, y a quelques mois», explique Chantal. «Et après, enchaîne Cora, on découvre que vous faisiez juste à bouffer.» «Bon, dit Chantal, on va reprendre dès le début. Alors, avec les huîtres, qu’est-ce qu’il y avait à boire?» «Du Crément de Loire…»


Scène 3, montage alterné entre les visages d’Anke et de Paolo. Paolo: «Pas mal de Crément, en fait.» Anke: «Un peu trop de Crément, pour tout dire.» Paolo: «On était chez moi, y avait pas mal de monde.» Anke: «C’était sympa, on a dansé.» Paolo: «Mais ensuite, je me rappelle plus…» Anke: «Le trou noir… J’arrive pas à me souvenir…»

Scène 4, là-haut dans les cieux, le bon Dieu et l’ange Gabriel. Le bon Dieu se tient les côtes de rire. L’ange Gabriel fronce les sourcils. «Je me lasse pas», avoue le bon Dieu en pleurant de rire. «C’est quand même cruel, objecte Gabriel. Vous aviez promis une réconciliation ankepaolique pour 2010.» «Vraiment?» «Vraiment.» Le bon Dieu soupire: «Bon, appelle les Concierges.» Gabriel s’exécute. Et revient. «Alors?», demande notre Seigneur. «Ils sont prêts.» Le Bon Dieu soupire encore, à regret. Puis il se met à souffler.


Scène 5, le vent se lève derrière les vitres du café. Paolo: «Ah oui, ça me revient! Je suis allé pisser!»
Scène 6, le vent se lève derrière les vitres du salon de Chantal. Anke: «Et il est sorti des toilettes et je lui ai billé dedans et presque tout le monde était parti!»
Scène 7, montage alterné entre les visages d’Anke et de Paolo. Paolo: «Et on est allé dans ma chambre.» Anke: «Et on s’est allongé sur le lit, c’est venu tout seul.» Paolo: «Et on a parlé, c’est vraiment bizarre, ça me ressemble pas d’être au lit et de parler.» Anke: «Mais bon, Paolo est quand même resté fidèle à lui-même, puisqu’on a fini par parler de le faire. J’étais contente.» Paolo: «J’étais content.» Anke: «Mais j’étais fatiguée, aussi.» Paolo: «En fait, j’étais crevé. Ça tape, le Crément.» Anke: «Mais on a quand même commencé et…» Paolo: «C’était top, mais on était trop naze.» Anke: «Alors on s’est endormi. C’était adorable et paf, au réveil, il faut qu’il me balance un truc pareil!» Paolo: «Et il suffit que je lâche un truc de travers parce que je suis perturbé et tout ce qu’elle trouve à faire, c’est de me balancer sa botte?!»

Scène 8, là-haut dans les cieux. Le bon Dieu a tout entendu. Il se lisse la barbe avec irritation, puis il harangue Gabriel: «Ces deux-là sont des incapables, faut tout leur prémâcher! Grouille-toi de descendre et arrange-moi ça une bonne fois pour toute!» Gabriel s’exécute et décide de semer des plumes sur le trottoir entre le café et chez Chantal. «C’est pas un peu cucul la doucette, ces machins avec les plumes?», demande le bon Dieu. «C’est le seul truc qu’on n’ait pas encore essayé pour les rabibocher, lui rappelle Gabriel. N’oubliez pas qu’ils ont foiré toutes les autres stratégies. On n’a plus le choix.» Notre Seigneur est bien obligé de se résoudre.
Scène 9. Anke quitte le domicile de Chantal en frissonnant sous son manteau. Intriguée par les plumes qu’elle aperçoit au sol, Anke est saisie d’un irrésistible besoin de les suivre. Paolo quitte le café et remonte le col de sa veste en frissonnant. Intrigué par les plumes qu’il aperçoit au sol, Paolo est saisi d’un irrésistible besoin de les suivre.
Scène 10, là-haut dans les cieux. Notre Seigneur ferme pudiquement les yeux en dépit des coups de coude triomphants que l’ange Gabriel lui balance dans les côtes: «Ils s’embrassent passionnément sous le lampadaire!» Le bon Dieu grommelle: «C’est pas trop tôt!». Mais il est quand même content et se lisse la barbe de satisfaction. Il la lisse d’ailleurs tellement que la neige se met à tomber.
Catégories casting:
Anke et Paolo, Chantal et Patrick, Cora et Sam, Table d'écoute


